DE LA NÉCESSITÉ DE VALORISER LES MÉTIERS DE L’AGRICULTURE POUR IMPLIQUER D'AVANTAGE LES JEUNES

Les difficultés que rencontre l’agriculture sénégalaise ont tendance à dissuader les jeunes générations à entrevoir leur avenir dans ce secteur. Leur rêve est plutôt tourné vers l’exploration de nouvelles sources de revenus en dehors du secteur agricole et cette tendance se renforce d’autant plus que les valeurs de solidarité qui constituaient le socle de l’agriculture traditionnelle familiale se trouvent plus en plus mises à rude épreuve à cause de la globalisation des économies et des cultures.
Aujourd’hui les praticiens de l’agriculture ne travaillent qu’avec des adultes. Parce que quelque part le défi de la reproduction des systèmes n’a pas été relevé dans beaucoup de contrées. La pratique de l’agriculture n’étant en fait que du ressort de la frange adulte. Ces bouleversements se sont fait en partie à la faveur de l’exode rural. Quand en occident les fils d’agriculteur et d’éleveur sont préparés depuis leur bas âge pour succéder à leurs ainés. Ainsi c’est de véritables labels qui sont érigées se transmettant de génération en génération. La pratique agricole pour ces pays étant différente du schéma de l’agriculture pour la plupart des pays d’Afrique dont les équipements rudimentaires et le fait de ne maitriser qu’une partie moindre des chaines de valeur constitue un barrage pour toute compétitivité. Maitrisant à la fois la production ainsi que la transformation le poids de ces exploitations dans l’économie se fera nettement sentir. Par contre en Afrique le partage de l’héritage est synonyme de la dissipation des ressources familiales notamment les propriétés foncières jusqu’à même dans des cas à l’utilisation des réserves foncières. Ainsi, les connaissances jusque-là transmises de génération en génération se perdront peu à peu au point qu’une génération sera totalement dépourvue de techniques de pratique agricole. N’ayant ainsi qu’une propriété foncière réduite ainsi qu’un paquage technologique réduit. Voyant également leur production se réduire d’années en année, la seule alternative restante sera de vendre ces terres et songer à les réinvestir autre part. Le  grand propriétaire foncier jadis grand producteur se réduira alors en simple ouvrier agricole. Et c’est ainsi que le cycle va continuer le seul tirant parti de tout ça restera le propriétaire de l’exploitation.
La forte mobilité de ces jeunes dus à des conditions de vie en milieu rural devenant de jours en jours insoutenable devrait en principe déboucher sur une propagation des innovations et la conservation du savoir paysan. Mais parallèlement à cette démographie galopante le phénomène de l’urbanisation a fait en sorte que les quelques terres arables qui étaient disponibles pour l’agriculture péri-urbaine ont laissé place à des habitats. Ces fils de paysans vont rapidement se convertir en commerçants sacrifiant ainsi leur connaissance de l’activité agricole. Ou alors dans bien des cas pour ceux ayant perdu tout espoir de lendemains meilleurs songer à l’émigration notamment clandestine. C’est ainsi qu’une vague de jeunes non préparés à l’entreprenariat et dont les familles n’avaient pas pris les dispositions de les y préparer vont constituer cette bonne frange de marchands ambulants ou grossir d’avantage les rangs d’émigrés. Tout ceci conjugué à l’engouement des investisseurs, la loi des marchés dont les prix sont par ailleurs très volatiles, en plus des aléas climatiques constituent une menace très sérieuse à la pérennisation du savoir paysan et à l’insertion des jeunes dans les métiers de l’agriculture.
Investir sur la frange non issu de l'environnement agricole
Mais ceci ne voudrait pas signifier que ces métiers doivent être occupés seulement par des jeunes issus de l’environnement agricole, bien au contraire il s’agira de susciter l’engouement des jeunes envers les métiers de l’agriculture. Et cela passe nécessairement par la valorisation de ces métiers. Aujourd’hui une bonne partie de jeunes songent à des métiers de bureaucrates. Sinon comment comprendre que même ceux qui ont été formés en agronomie puissent à leur sortie demander un emploi dans la fonction publique. Le spectre du bureaucrate se dandinant en 4*4, avec chauffeur et bureau climatisé et roulant sa bosse de séminaire en séminaire arborant des concepts de sécurité alimentaire, autosuffisance alimentaire dont l’exposé vide et creux s’égare totalement des réalités du monde rural devient banal. Cette image aujourd’hui idéalisé de l’ingénieur et cette position sociale qu’elle dégage fait en sorte que l’on ne pense plus profondément sur les thématiques que pose la pratique agricole, l’on réfléchit seulement selon la nature d’un problème temporel. Et de fait le spectre de l’ingénieur homme de terrain vire totalement à l’ingénieur bureaucrate car ce virement se vérifie même dans le choix dans la spécialisation puisque les filières production restent les moins nantis. Bien évidemment à côté des problèmes de fonctionnement propres à chaque école.
Le premier obstacle pour cette bonne frange de jeunes reste quand même l’accès à la terre. Si elle reste difficile d’accès pour certains parce que leur pouvoir décisionnelle se trouve réduit au sein de la famille, pour d’autres le prix proposé parallèlement à cette grand ruée vers la terre devient un facteur bloquant. C’est pourquoi des formes de partenariat permettant de contourner cela doivent être envisagées. Ce partenariat autour du foncier devra garantir en même temps une certaine sécurité foncière puisque les retombées doivent être partagées entre les partenaires, aussi la terre ne sera pas donnée définitivement. Le soubassement de la réussite passe nécessairement par la facilité d’obtenir un crédit. Aussi tant que les banques évoqueront ce risque surtout lié aux aléas naturels elles tarderont à apporter un financement réel aux PME évoluant dans le secteur agricole.
Investir sur l’intégration des jeunes aux métiers de l’agriculture c’est en même temps redonner de la jeunesse à cette pratique qui au fil du temps est de plus en plus perçu comme un métier qui dégrade la personne puisque de nos jours elle anéantit toute idée d’ascension socio-économique.

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